La pénurie IT n’a plus la cote, remplacée par la chasse aux talents

Croissance du secteur, chômage, faibles créations d’emplois… la faute à une pénurie de candidats dans l’industrie du numérique en France ? Pendant des années, le patronat du secteur, par le biais notamment de Synte Numérique, a porté ce discours. Il a désormais décidé d’en changer.

Le discours a évolué au fil des ans jusqu’à faire disparaître le terme de pénurie de ses éléments de langage. Lors de la dernière conférence conjoncturelle de l’organisation, le mot n’a pas une fois été prononcé.

Des plans de recrutement réussis, avec de « l’énergie »

Certes des difficultés de recrutement peuvent être constatées sur certains profils, mais la priorité semble désormais être donnée à la fidélisation des salariés, à la diversification des méthodes de recrutement et plus généralement à l’attractivité.

En 2018, Syntec Numérique annonce 4,1% de croissance. Et plus question de suggérer que l’activité des entreprises pourrait être plus soutenue si celles-ci parvenaient à pourvoir tous leurs emplois. « Les plans de recrutement se font » assurent désormais ses représentants.

« Aujourd’hui, quand on fait le tour de table de nos adhérents, on constate que globalement les plans de recrutement sont réalisés ou se réalisent. La capacité à recruter est démontrée » commente Benoît Darde, administrateur de Syntec Numérique.

 

Alors oui, « l’énergie nécessaire » pour finaliser ces embauches « est plus importante. « On y met des moyens bien plus importants, mais on arrive à faire les plans de recrutements tels qu’ils sont souhaités. »

Plutôt que d’invoquer ces difficultés, ces acteurs semblent privilégier leur propre transformation et la fidélisation de leurs salariés. Un vrai changement culturel pour un secteur où le turnover est historiquement élevé.

« On investit beaucoup » pour que ces professionnels formés au numérique « continuent à faire leur carrière dans nos entreprises. C’est là-dessus qu’on porte énormément d’énergie. » Les leviers mis à contribution en ce sens : plans de carrière, flexibilité, aménagement et implantation des locaux, outils de travail, etc.

Investissement dans la fidélisation et l’attractivité

L’ambition : être des « entreprises où il fait bon travailler. » Cette attractivité, les clients des ESN, qui ont réinternalisé certaines compétences numériques, jugées stratégiques, la développent également. Les sociétés de services se retrouvent donc aujourd’hui souvent en concurrence sur le recrutement de certains « talents ».

Un discours basé sur la pénurie ne contribue sans doute pas à cette attractivité. Place donc à une communication plus positive, et surtout à des mesures concrètes de transformation permettant d’offrir aux candidats de meilleures conditions de travail.

Ces nouvelles orientations se traduisent ainsi : « On ne voit pas, a priori, de perte de chiffre d’affaires, à cause de ces sujets-là. » Et Benoît Darde de rappeler que le secteur a créé 28.000 emplois en 2017. « On est capable de continuer à faire de la création nette d’emplois. » Syntec annonce d’ailleurs vouloir accélérer.

Et cela passe par une augmentation « des chemins d’entrée sur le numérique. » Les difficultés de recrutements de ces entreprises s’expliquaient en partie par un manque de diversité dans les profils recherchés.

Désormais, le spectre va du « pré-BAC à l’ingénieur, à la reconversion demain massive, un projet extrêmement important aujourd’hui dans nos esprits. » Si les chemins sont diversifiés, c’est bien pour « faire en sorte qu’on n’ait pas de pénurie et de difficultés de cette nature-là dans nos logiques de croissance. »

Parallèlement, les employeurs assurent s’efforcer de faire baisser le turnover (évalué en moyenne entre 17 et 20%). Certes des compétences rares font « l’objet d’une certaine agression ». Mais plutôt que de simplement le déplorer, les entreprises mettraient « les moyens d’être différenciant et de donner envie aux équipes de poursuivre leurs carrières dans nos entreprises. »

Le sujet, c’est la chasse aux talents

« Le recrutement est probablement un des premiers enjeux de la difficulté du secteur pour répondre à l’aspiration de nos clients de se transformer » jugeait pourtant un an plus tôt le président de Syntec Numérique.

En décembre 2018, l’organisation prend donc ses distances. La situation aurait-elle radicalement changé en l’espace d’un an ? « La situation, c’est qu’on met plus de moyens. On a appris à mieux faire ce travail [de recrutement]. »

Des solutions existent donc. « Cela reste un marché très tendu, c’est vrai. Il faut se distinguer, attirer plus. C’est y mettre plus de moyens. C’est ce que nous sommes en train de faire car c’est un élément essentiel de notre croissance » souligne Benoît Darde.

Et c’est vrai notamment pour les ESN, comme le précise le président du collège ESN pour Syntec Numérique, Thierry Siouffi. « L’ensemble des ESN a mis des plans en place pour intensifier leur proposition, faire venir à elles les talents. Mais les ESN ont également mis en place des plans de transformation à l’intérieur de leur modèle » avec notamment de l’automatisation.

Ces mesures permettent ainsi de transférer de ressources à l’intérieur des organisations, d’activités d’outsourcing (applications et infrastructure essentiellement) vers les nouveaux métiers. Thierry Siouffi insiste : « ne nous trompons pas de sujet. »

Et le sujet aujourd’hui n’est plus celui de la pénurie : c’est la chasse aux talents. Et oui, des métiers sont en tension, comme celui des experts en cybersécurité et en IA.

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