Non, la baisse des ventes de voitures diesel ne va pas générer de surplus de gazole

La mobilisation des « gilets jaunes » a eu comme point de départ la hausse du prix des carburants, qui ont augmenté ces dernières années en raison d’une augmentation du prix du pétrole brut et d’une augmentation des taxes, en particulier sur le diesel, qui bénéficiait d’une fiscalité et, donc, d’un prix avantageux. La hausse des prix du gazole, ainsi que son caractère polluant, a fait chuter les ventes de voitures diesel.

Un texte, partagé plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux, et qu’on retrouve aussi sur des forums ou dans des commentaires de sites de presse, soutient que du gazole est produit, quoi que l’on fasse, lors du raffinage du pétrole – processus lors duquel on sépare les différents hydrocarbures qu’il contient.

En conséquence, il ne serait pas pertinent de demander aux « gens de migrer des voitures à moteur diesel aux voitures à moteur essence » puisqu’on se retrouve avec des quantités de gazole produites dont on ne saurait quoi faire, faute de moteurs diesel en nombre suffisant.

C’est, en réalité, plus compliqué et plus nuancé que ce qu’affirme ce texte. Explications.

Ce qu’affirme ce texte :

« Qu’on le veuille ou pas, qu’on le consomme ou pas, [le gazole] sort des cuves au cours du process », il s’agit de « 21 % de la masse du pétrole brut ».

C’est plus compliqué

Plusieurs produits sont obtenus à partir d’un baril de pétrole : de l’essence et du gazole, du kérosène ou encore du bitume. Cette transformation du pétrole, le raffinage, est un procédé complexe qui a lieu dans les raffineries.

La proportion de gazole qu’on obtient à partir d’une quantité donnée de pétrole brut n’est pas fixe : elle dépend des réglages de la raffinerie, des procédés de raffinage et du type de pétrole.

En Europe, où la demande de gazole est forte, une raffinerie produit environ 18 % d’essence et 40 % de gazole. Aux Etats-Unis, où la demande de gazole est plus faible, une raffinerie produit en moyenne 47 % d’essence et environ 25 % de gazole.

Pourtant, les raffineries européennes ne parviennent pas à fournir tout le gazole consommé. « Actuellement, nous sommes obligés d’importer du gazole et d’exporter de l’essence », explique Pierre Marion, ingénieur économiste à l’Institut français du pétrole-énergies nouvelles (Ifpen). Or, les ventes de voitures diesel sont en baisse : après avoir atteint 77 % des immatriculations de voitures neuves en 2008, les voitures diesel ne représentent plus que 40 % des voitures vendues en 2018 en France. C’est pourquoi la consommation de gazole stagne et va probablement baisser, ce qui aura deux conséquences, selon Pierre Marion :

  • une réduction des exportations d’essence et des importations de gazole ;
  • une adaptation des procédés de raffinage : « On va probablement se déplacer d’un maximum de production de diesel en France vers quelque chose de plus équilibré », prévoit-il.

Il est donc trompeur d’affirmer qu’une proportion fixe de gazole est obtenue à partir d’un baril de pétrole.

Lire aussi : Les ventes de voitures diesel en France ont chuté en 2018

Ce qu’affirme ce texte :

On sera « forcés à ne plus consommer » le surplus de diesel

Pourquoi c’est exagéré

Rappelons que les augmentations successives des taxes sur le diesel ne visaient pas à en interdire l’usage, mais à le limiter en alignant sa fiscalité sur celle pratiquée sur l’essence.

Selon ce texte viral, on se dirige vers l’abandon des moteurs diesel pour les voitures particulières, ce qui générera un surplus de gazole. « Qu’est-ce qu’on en fait si on ne le consomme plus ? », s’interroge son auteur.

Malgré la chute des ventes de voitures diesel, la baisse de notre consommation de gazole « va être très lente, du fait de l’importante flotte de véhicules qui ont déjà un moteur diesel et de la consommation des camions qui représente environ la moitié des ventes de carburant diesel ».

En effet, la quasi-totalité des poids lourds en France utilisent des moteurs diesel et bénéficient d’une fiscalité très avantageuse, comme le souligne l’association France Nature Environnement. Rien ne laisse penser que cela pourrait changer à court ou moyen terme.

Ce qu’affirme ce texte :

« Le rejet des particules […] a été résolu par l’adjonction de filtres à particules qui piègent 99 % des émissions. »

C’est plus compliqué

Les normes européennes récentes imposent effectivement que les véhicules polluent moins. Mais même si tous les véhicules vendus devraient respecter ces normes, ce n’est pas forcément le cas en pratique.

D’abord, comme cela a été découvert lors du « dieselgate », des groupes automobiles ont truqué les émissions de leurs véhicules lors des tests pour les faire apparaître moins polluants qu’ils ne l’étaient effectivement.

Par ailleurs, les tests ne permettent pas toujours d’évaluer la pollution des véhicules en conditions réelles. Des véhicules peuvent donc être très polluants mais passer les tests quand même.

Enfin, les voitures diesel émettent, selon le mode de calcul, à peu près autant de CO2 que des voitures essence sur toute leur durée de vie. Ainsi, il est abusif de dire que l’émission de particules est l’unique « gros problème » des moteurs diesel. Ce type de motorisation ne peut pas s’inscrire dans un développement durable.

Lire aussi Le vrai du faux sur la pollution des voitures au diesel

Lucas Baudin

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