Recherche:

L’étonnant Eric Adams, ex-délinquant, ex-policier, et nouveau maire de New York

L’étonnant Eric Adams, ex-délinquant, ex-policier, et nouveau maire de New York

Hier, mardi 2 novembre, le démocrate Eric Adams a été élu maire de New York. Le profil de cet homme est particulièrement étonnant: il était capitaine dans la police, mais auparavant, dans sa jeunesse il a eu maille à partir avec cette même police, et a subi des brutalités policières. C’est cette expérience des deux côtés de la barrière, et la réussite personnelle qu’il s’est construite, que le candidat avait mis en avant pendant sa campagne. Ainsi, parmi les grands objectifs qu’il s’est fixés pour son mandat, il a  promis de renforcer la sécurité, de lutter contre les injustices raciales, et de redonner la parole aux membres de la classe ouvrière.

Succédant à Bill de Blasio, un autre démocrate, qui tirera sa révérence le 31 décembre prochain, Eric Leroy Adams, président de l’arrondissement de Brooklyn depuis 2013, devient le deuxième maire noir de New York, battant Curtis Sliwa, son adversaire républicain. Le premier maire noir élu par les New-yorkais il y a plus de trente ans était un autre démocrate, David Dinkins, qui avait exercé entre 1990 et 1993.

Ex-délinquant, ex-policier, ex-militant antiraciste

Eric Adams a un parcours atypique et il n’a pas eu de mal à faire de son histoire personnelle un élément propre à donner du crédit à sa campagne électorale. Né à Brooklyn d’une mère femme de ménage et d’un père boucher, il a ensuite habité dans un quartier ouvrier du Queens. Et Eric Adams aime à raconter que, s’il est devenu policier, c’est à cause de son expérience de « jeune délinquant », lorsqu’il avait 15 ans. Brutalisé lors de son interpellation par les forces de l’ordre, il est ensuite envoyé en prison dans un centre fermé pour mineurs. Mais, insiste-t-il sur son site de campagne, pour bien marquer à quel point cela a été le tournant de sa vie, au lieu de céder à la colère, Eric a transformé sa douleur en objectif et décide de « changer le système de l’intérieur ».

Il passera finalement 22 ans au sein de la police, jusqu’à atteindre le rang de capitaine. Et pendant sa carrière au sein du service de police de la ville de New York, il s’est forgé une réputation de militant après avoir cofondé « 100 Blacks in Law Enforcement Who Care », un groupe de défense qui s’est élevé contre les brutalités policières. 100 Blacks, comme il est appelé en raccourci, est un groupe de défense américain basé à New York spécialisé dans la lutte contre les injustices et qui a instauré un dialogue entre la communauté afro-américaine et le fameux NYPD (le New York City Police Department, la police new-yorkaise). 100 Blacks dénonce notamment les bavures policières et les délits de faciès.

Dans son discours de victoire, hier soir, Adams a exhorté à l’unité ses concitoyens en faisant valoir son passé d’enfant de la classe ouvrière qui s’est élevé jusqu’à devenir maire.

« Ce soir, les New-Yorkais ont choisi l’un des leurs », a déclaré Adams dans un discours de victoire. « Je suis toi. » (« I Am You!! », est le tire de son éditorial sur son site électoral)

Son programme: la sécurité, la relance et la lutte contre la précarité

Âgé de 61 ans, et toujours athlétique, Eric Adams aura la tâche de superviser la reprise économique de New York après la pandémie de coronavirus qui a tué plus de 34.500 New-yorkais. Il devra aussi faire face aux inégalités, au manque de logements abordables et aux difficultés rencontrées par les établissements scolaires publics.

« Nous combattons à la fois le Covid, le crime, et la dévastation économique », a-t-il notamment déclaré mardi soir.

Il a notamment prévenu qu’il n’y aura pas de redressement économique sans s’attaquer au problème de la criminalité violente. Eric Adams a en effet bâti une partie de sa campagne sur les questions de sécurité. La montée en flèche de la criminalité a incité les candidats aux élections municipales à travers le pays à demander plus d’investissements dans le maintien de l’ordre, d’autant que la sécurité publique est devenue la première préoccupation de nombreux électeurs.

« Nous sommes si divisés maintenant que nous ne voyons plus la beauté de notre diversité », a-t-il déclaré mardi à ses soutiens, une évocation de la « magnifique mosaïque » en hommage à une célèbre citation de David Dinkins. « Aujourd’hui nous revêtons un seul et même maillot, celui de New York. »

Il a également déclaré qu’il s’efforcerait de mettre davantage de résidents à faibles revenus en contact avec les services municipaux pour qu’ils puissent bénéficier des aides auxquelles ils ont droit mais qu’ils n’utilisent pas. Pour rappel, en France, aussi la question des aides sociales non perçues est également un mal chronique.

« Ce soir n’est pas seulement une victoire sur l’adversité, c’est une preuve de foi. C’est la preuve que les délaissés peuvent être notre avenir, a-t-il notamment martelé.

Un déficit de 5 milliards de dollars, qui pourrait tripler

La partie ne sera pas facile car, au plan budgétaire, Eric Adams hérite d’un déficit d’environ 5 milliards de dollars. Mais la ville anticipe un déficit d’environ 15 milliards de dollars par an entre 2022 et 2024 car, avec la pandémie et, notamment, la paralysie complète de l’activité touristique, se profile une durable baisse des recettes fiscales.

Eric Adams a remporté l’élection primaire du parti avec une coalition qui ressemblait, à certains égards, aux électeurs qui ont contribué à élever Joe Biden à la nomination démocrate en 2020, en particulier son soutien parmi les électeurs noirs plus modérés.

Jérôme Cristiani

Adblock test

source